Il en va des compliments comme de tant d’autres choses : ce n’est pas toujours ce que les parents font qui en détermine l’effet, mais bien comment et pourquoi ils le font. Voici quelques points à considérer :

– Ne félicitez pas pour soulager votre propre mauvaise conscience !
– Ne félicitez pas dans le but de renforcer l’estime de soi de votre enfant !
– Ne félicitez pas pour effacer des critiques ou punitions passées ; le positif n’annule en rien le négatif !
– Ne félicitez pas de sorte à exercer indirectement un pouvoir – c’est à dire pour obtenir ce que vous voulez ou former votre enfant à votre image !
– Ne félicitez jamais dans une tentative de réconforter un enfant qui ne se sentirait pas à la hauteur tel qu’il est !
– Ne félicitez pas les enfants comme on le fait pour dresser les animaux – c’est à dire en exagérant vos expressions faciales et le ton de votre voix !
– Ne félicitez pas pour vous mettre en avant !

Il n’y a rien de mal à faire des compliments à un enfant lorsque vous trouvez sincèrement qu’une de ses prestations est bonne, voire extraordinaire, ou à féliciter votre enfant de 13 ans qui a passé trois heures à chercher, en vue d’une occasion spéciale, la tenue qui lui sied à merveille. Quand des personnes, quelque soit leur âge, ont, dans un domaine ou un autre, très peu confiance en elles, elles ont besoin, en retour à leurs prestations, d’encouragements sous forme de louanges et de critiques objectives – aussi de la part de leurs parents.

Dans les relations entre parents et enfants, on observe souvent que les compliments sont une manière un peu stéréotypée qu’ont les premiers d’exprimer leur amour pour les seconds, mais les compliments ne sont en rien une expression d’amour.

Nombre d’adultes se réjouissent de voir le plaisir qu’expriment les jeunes enfants quand ils sont complimentés ou quand ils reviennent avec un dessin, un gâteau qu’ils ont préparé ou un objet en terre cuite qu’ils ont fait à la maternelle et demandent :

« Il est joli, maman, hein ? » ou « Est-ce qu’il est assez bien ? »

Mais ce sont seulement les « bonnes notes » qui, au final, font que les enfants en deviennent dépendants. Ces mêmes adultes seront généralement irrités et deviendront critiques, cinq, dix ou vingt ans plus tard, quand leurs enfants mettront toute leur énergie à obtenir l’approbation des autres parmi leurs camarades ou ceux-celles du sexe opposé. Ils auront alors complètement oublié que ce sont eux qui ont rendu leur enfant dépendant de cette approbation, et finalement peu autonome, simplement parce que cela « marchait » à court terme.

Si, en tant que parents, vous avez le sentiment que vous êtes en train de glisser sur cette pente, je vous invite à faire ce qui suit :

Écoutez-vous quand vous faîtes des compliments et notez vos paroles sur une feuille de papier. Prenez un bon moment ensuite, quand vous vous retrouvez seul-e sans les enfants, pour passer en revue vos propres paroles et voyez si elles pourraient être remplacées par des déclarations plus personnelles, plus égalitaires, et beaucoup plus nourrissantes.

Par exemple :

« Comme tu es doué-e pour t’habiller tout-e seul-e ! »

pourrait, peut-être, être exprimé de cette façon :

« Je suis heureux que tu arrives à t’habiller tout-e seul-e maintenant. Cela m’aide beaucoup ! »

« Tu as été bon-ne sur le terrain aujourd’hui ! Tu as été le/la meilleur-e! »

signifie peut-être en réalité :

« Je suis vraiment heureux-se de voir combien tu aimes jouer au football. Cela me touche beaucoup et j’en suis très fier/fière ! »

« Comme tu as bien rangé ta chambre ! »

veut peut-être dire :

« J’aime quand ta chambre est rangée comme en ce moment. Quand j’y pense, je me dis que notre famille fonctionne assez bien et qu’il fait bon vivre ici. Merci pour ton aide ! »

La différence entre ce qui fonctionne dans les relations proches et personnelles et dans les relations sociales est énorme. Si je complimente par exemple ma femme en disant :

« Que tu es douée pour le repassage ! »

Cela n’apporte pas grand-chose à notre relation. Il en est tout autre quand je dis :

« Merci d’avoir aussi repassé mes vêtements. Cela m’aide beaucoup et j’apprécie vraiment ! »

Dans les relations sociales, telles que sur un lieu de travail, il peut être utile à un-e chef ou un-e collègue de faire des compliments pour des efforts fournis ou une tâche accomplie, tout comme il est bon d’obtenir un retour sur notre travail à l’école ou l’université.

Dans les relations proches, et en particulier dans la relation entre parents et enfants, il existe une alternative aux compliments et à la critique, qui soutient pleinement les possibilités de développement d’une estime de soi saine chez les enfants et le développement d’une relation saine et égalitaire entre adultes et enfants. C’est ce qu’on appelle reconnaissance.

Quand un petit enfant termine son repas en laissant l’assiette à moitié pleine, un adulte peut alors dire :

« Tiens, tu n’as plus faim ? »

Ce commentaire exprime un désir d’apprendre à l’enfant à connaître sa réalité intérieure et à ressentir l’empathie de l’adulte – c’est-à-dire la capacité de l’adulte à se mette à la place de l’enfant. Il n’est pas l’expression d’un jugement et n’est ni positif ni négatif. L’enfant reçoit un message clair et affectueux de la part d’un adulte qui s’intéresse à lui et pour qui il est tout à fait approprié de ne plus avoir faim, si c’est ce que l’enfant ressent réellement. Si l’adulte s’inquiète de ce que l’enfant ait réellement mangé à sa faim, il-elle peut ajouter :

« Je pense que tu devrais manger un peu plus, si tu le peux. »

Des alternatives traditionnelles sonneraient plutôt comme :

« Allez, finis ton assiette ! Maintenant ! »

ou

« Non ! Sois gentil-le maintenant et mange ! Maman t’a préparé un bon repas. »

L’estime de soi a deux composantes. D’une part que les enfants apprennent à se connaître, et il est donc utile que les adultes s’expriment avec empathie et leur donnent des mots qui puissent les aider à s’exprimer eux-mêmes. D’autre part, que les enfants apprennent à se positionner par rapport à ce qu’ils savent d’eux-mêmes.

Pour ce qui concerne le premier aspect – élargir la conscience de soi – ce n’est évidemment pas utile si les adultes définissent l’enfant à partir d’eux-mêmes. Pour l’autre – comment les enfants se positionnent par rapport à eux-mêmes – c’est un point pour lequel les enfants sont extrêmement vulnérables, car ils se plient, presque sans combat, aux jugements que les adultes portent sur eux. Il est évidemment aisé de croire que les jugements positifs (compliments) sont meilleurs que les négatifs (critiques), mais c’est seulement dans l’instant – pas à long terme. Les enfants qui grandissent avec comme élément éducatif principal des compliments et/ou des critiques, deviennent très peu sûrs d’eux et dépendent de l’acceptation et l’approbation des autres. Ce qui est séduisant dans ce système, c’est qu’il donne souvent aux adultes le sentiment de réussir, car il crée une dépendance qui peut être facilement prise pour de la proximité.

Je sais que ce qui précède peut paraître provocateur à bon nombre d’adultes, soit parce qu’ils sont eux-mêmes dépendants des compliments, soit parce qu’ils ont une vision des enfants fondamentalement différente de celle que j’exprime. Laissez-vous inspirer si vous y voyez du sens, oubliez tout si cela vous paraît insensé !

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© Jesper Juul, Familylab International

Titre original suédois : Beröm ditt barn på rätt sätt!
Traduction : David Dutarte

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