Tout au long de l’histoire, les enfants ont été considérés et traités comme une sorte d’individus asociaux qui, pour apprendre à se comporter comme de véritables êtres humains (adultes), devaient être soumis à une forte influence et subir une manipulation importante de la part des parents ; comme des objets qui nécessitaient l’usage de « méthodes éducatives » spéciales. Vous soutenez que c’est superflu et nuisible à l’enfant, et, l’un des arguments que vous faîtes valoir en faveur de cette idée fondamentale est l’affirmation selon laquelle l’enfant coopère. Plus encore : l’enfant coopère volontairement et de manière compétente. Dans une situation où il doit choisir entre coopérer et préserver son intégrité, l’enfant choisira inévitablement de coopérer. Expliquez-nous un peu plus cette idée : comment et pourquoi en est-il ainsi ?

Le conflit entre notre intégrité (besoins, valeurs, limites) et notre désir de coopérer (copier, imiter, s’adapter) est un conflit existentiel fondamental qui a toujours hanté l’homme. Il peut aussi être décrit comme un conflit entre individualité et conformité ou entre l’individu et la société. Trouver l’équilibre est un défi perpétuel et quotidien pour l’individu, puisqu’il dépend du groupe autant que le groupe dépend de l’individu.

La question que nous nous posons aujourd’hui est de savoir comment élever nos enfants de manière non-autoritaire et non-violente. Comment leur apprendre le véritable respect d’autrui, fondé sur la confiance et de bonnes expériences, plutôt que sur la peur et l’angoisse ?

Cinquante années de travail auprès des familles nous ont appris que l’enfant ne nait pas « égocentrique » comme Freud le pensait. Ils veulent plus que tout coopérer et imiter leurs parents lorsqu’ils sont traités avec respect. Observez simplement un enfant en bas âge et vous verrez à quel point il veut apprendre de ses parents et leur plaire. Cela signifie que notre tâche en tant qu’adulte a été complètement redéfinie. Il nous faut développer une manière d’être avec nos enfants qui protège leur propre intégrité, et les aider quand, « pour leur bien », ils coopèrent beaucoup trop ! Ce n’est pas une idée romantique qui signifierait qu’il nous faut être en permanence « doux et gentil », mais qu’il nous faut développer des manières différentes d’exercer notre pouvoir et notre autorité.

Pourtant, les parents sont (souvent) obsédés par l’idée qu’il est nécessaire de défendre et de garder le pouvoir au sein de la relation parent-enfant. Pourquoi restons-nous si obstinés à l’idée que le pouvoir est quelque chose d’important dans les relations, quelles qu’elles soient ? 

Je crois que cette idée n’a pas grand-chose à voir avec la manière dont on élève ses enfants. C’est le reflet de systèmes politiques autoritaires, où les adultes souffraient autant que les enfants mais ne pouvaient voir d’autres issues. Le pouvoir est une réalité de fait – dans les relations également. La question est de savoir comment administrer notre pouvoir au niveau personnel, d’une manière qui aide nos proches à grandir sainement au lieu de les blesser et de porter atteinte à leur vitalité. Comment faire pour élever un enfant qui soit mentalement en bonne santé et qui ne soit ni violent, abusif ou autodestructif ? Nous avons trouvé beaucoup de réponses à cette question durant les deux dernières décennies, mais de nombreuses restent encore à découvrir.

L’autre aspect qui semble préoccuper les parents est la nécessité de poser des limites à son enfant. Quel est votre point de vue là-dessus ?

Je ne crois pas à l’idée de poser des limites à l’enfant dans le sens où on créerait un cadre de règles et d’interdits autour de lui. Je crois profondément qu’il est important que les parents sachent qui ils sont – c’est-à-dire qu’ils soient clairs sur ce qu’ils veulent et ne veulent pas.

Si un enfant en bas âge veut traverser la rue alors que le feu est rouge, vous devriez bien sûr le retenir, mais quand il s’agit de développer chez votre enfant le respect et la compréhension de vos valeurs et limites, cela se fait au travers des interactions et du dialogue avec lui, et cela prend environ cinq ans à un enfant pour intégrer ces connaissances. Ce qui, soit dit en passant, est bien plus court que le temps nécessaire à un adulte pour apprendre à connaître les valeurs et limites de son partenaire.

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Élaboré et réalisé par Ivana Gradisnik et Anja Cotic Svetina (familylab Slovénie).
Traduction et adaptation française : David Dutarte

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