Cet article invite à se questionner sur :

  • les idées toutes faites sur l’attention ;
  • le besoin fondamental d’être vu tel que nous sommes ;
  • les dérives et les comportements destructeurs visant à attirer l’attention ;
  • le défi de voir au delà des apparences ;
  • et l’importance de passer du temps ensemble en famille.
Jesper Juul

Le besoin d'attention des enfants

Les enfants ont besoin de beaucoup d’attention ?

Nous connaissons tous une ou plusieurs des affirmations suivantes :

– Les enfants ont besoin de beaucoup d’attention ;
– Elle veut sans doute juste avoir de l’attention ;
– Il fait ça juste pour attirer l’attention ;
– De nos jours, les enfants reçoivent beaucoup trop d’attention ;
– Les enfants aujourd’hui veulent tout le temps être vus et entendus.

Parfois, nous utilisons le mot « attention » avec une connotation positive et d’autres fois, nous en parlons de manière négative – comme d’un besoin d’être au centre, presque à la manière d’une primadonna, et de ne pas être en mesure de tolérer que d’autres puissent aussi avoir notre attention. Mais, il nous arrive aussi de parler du besoin tout simplement fondamental des enfants (et de tout être humain) d’être « vu », pour reprendre l’expression consacrée. Mais de quoi s’agit-il vraiment ? Quand la demande d’attention des enfants reflète-t-elle l’expression d’un véritable besoin existentiel et quand est-elle l’expression malsaine d’une envie d’être au centre et couvert d’applaudissements ?

 

Besoin d’être vu tel que nous sommes

Notre « besoin d’attention », au sens de l’intérêt que nous portent d’autres personnes, varie énormément d’un individu à l’autre.

Certains se sentent le mieux quand ils peuvent être seuls l’essentiel du temps, tandis que d’autres, au contraire, quand ils sont en permanence entourés de monde. Ce qui nous est commun à tous, c’est que nous avons besoin des autres comme « témoins » de nos vies. Quelqu’un qui remarque quand nous avons changé de coiffure, quand nous portons un bel habit, quand nous sommes heureux ou triste, préférons être laissé seul ou souhaitons volontiers prendre part à la conversation ou au jeu en cours.

Nous avons tous le même besoin d’être « vu » par au moins un autre être humain – ou plus de préférence. Se sentir « vu » signifie faire l’expérience d’être vu « au delà des apparences » ou « tel que je suis vraiment. » Cela signifie que quelqu’un doit s’intéresser suffisamment à nous au point de faire l’effort pour nous « voir » au delà de nos comportements auto-dénigrants, impétueux, joyeux, surexcités ou agressifs.

 

Pour 15 minutes de gloire…

Le besoin d’être « vu » est aussi vieux que l’Homme, mais que nous y attachions également une importance dans l’éducation des enfants et la pédagogie est chose relativement nouvelle.

Nous le faisons, entre autres, parce que durant les quarante ou cinquante dernières années nous avons appris que la plupart des enfants et des adultes qui mettent beaucoup d’énergie à obtenir de  « l’attention » manquent en fait simplement d’être « vus ».

Les nombreuses émissions de télé-réalité d’aujourd’hui, où les enfants comme les adultes participent, jouent, se défient les uns les autres, etc. n’ont fait que confirmer la soif de l’homme moderne des fameuses « 15 minutes de gloire. » Il ne fait aucun doute que bon nombre des participants se sont inscrits avec le désir d’être « vus » et en ressortent donc très déçus quand ils découvrent qu’on les a simplement « regardés », et que la gloire et le statut de célébrité sont un substitut insatisfaisant.

 

Et quand on ne se sent pas vu…

Dans les familles modernes, où tout le monde est plus ou moins occupé à des activités en dehors du foyer, il est souvent bataille féroce pour attirer l’attention.

Les enfants comme les adultes peuvent aller loin et se comporter de manière outrancière, s’ils ne font pas l’expérience d’être « vu », ni ne se sentent en mesure d’exprimer leurs besoins. Les enfants peuvent devenir agressifs, collants, exigeants, auto-destructeurs et beaucoup plus, si leur besoin d’être « vu » n’est pas reconnu et respecté ou si les parents pensent que ce besoin peut être remplacé par un intérêt superficiel ou l’acceptation de tous les désirs de l’enfant. C’est, entre autres, pourquoi il est si important de passer du temps à jouer avec ses enfants. C’est en effet lorsqu’ils jouent que les enfants peuvent montrer véritablement, et à leur façon, qui ils sont, le jeu offrant en contrepartie la possibilité pour les parents de découvrir véritablement leur enfant.

Certains parents vivent en ayant mauvaise conscience ou avec un sentiment de culpabilité de manière quasi constante parce qu’ils pensent ne pas passer suffisamment de temps avec leurs enfants. Il arrive parfois que ce sentiment éprouvé ne soit pas bien fondé, mais souvent il l’est.

Ils essaient alors de toutes les manières possibles de compenser le manque de temps, soit en étant exagérément au service de l’enfant, soit en donnant satisfaction à chacun des désirs de l’enfant, par exemple pour un jouet, de l’argent ou de nouveaux vêtements. Cette stratégie finit toujours par être frustrante pour les deux parties parce que le besoin d’être « vu » des enfants est exactement le même que celui des adultes. La plupart des adultes savent instinctivement ou ont peut-être eux-mêmes fait l’expérience que ce genre de calcul ne tient pas. Si une femme trouve son mari peu présent et aimerait qu’il lui porte plus d’intérêt, cela n’aide en rien qu’il lui offre des fleurs et des bijoux. Il en va de même pour les enfants bien qu’ils ne sachent pas le verbaliser. Ils peuvent seulement exprimer le manque d’attention et leur déception en « se comportant mal », en devenant « exigeant », en « jouant les enfants gâtés » ou autre comportement similaire. Les enfants, comme les adultes, ont besoin de parler de ce qu’ils font, de ce qu’ils prévoient de faire et de ce qu’ils ont vécu.

 

Voir au delà des comportements…

Cela ne signifie pas que les parents doivent nécessairement trouver que tout est forcément passionnant, mais c’est important qu’ils écoutent afin de se faire une idée de ce que l’enfant raconte de lui-même – derrière l’histoire du copain ou de la copine qui est injuste – ou entre les lignes dans leur rêve de devenir pilote de chasse ou créateur de mode. Cela nécessite du temps, du temps que les adultes ne passent pas à éduquer ou instruire, mais du temps pour écouter et montrer de l’intérêt, un « temps précieux » mesuré à l’échelle des enfants.

Les enfants et les jeunes qui constamment cherchent ou nécessitent l’attention d’une manière qui est soit irritante pour l’environnement soit qu’eux-mêmes le ressentent comme une humiliation, sont presque toujours des jeunes qui n’ont pas fait l’expérience d’avoir été « vus » et appréciés véritablement comme ils sont.

Plus l’attention qu’ils reçoivent est superficielle ou empreinte d’irritation, plus ce manque d’expérience sera grand.

 

Passer du temps ensemble…

Il y a une troisième forme d’attention qui est importante pour la famille et le bien-être individuel de chacun de ses membres. On peut la comparer au radar qui enregistre sur un navire tout ce qui se passe dans un certain rayon. Les enfants naissent avec cette capacité et la plupart des mères la développent dans la relation qu’elles ont avec chacun de leurs enfants. Elles savent à peu près à chaque instant comment les enfants vont, ce à quoi ils sont occupés, ce qui les dérange, etc. Les pères peuvent aussi développer cette intuition, s’ils ont ou se donnent la possibilité d’être seuls avec l’enfant pendant au moins une semaine ou deux. En tant que parents, c’est un art de tout enregistrer tout en restant concentré sur l’essentiel.

Encore une fois, cela nécessite que vous passiez du temps ensemble.

Un des mythes de notre époque, créé par les médias, est que les parents d’aujourd’hui n’ont « pas de temps » pour leurs enfants ou leur couple. Nous sommes probablement plus proches de la vérité si nous constatons que les enfants autrefois n’avaient, pour la plupart, que très rarement fait l’expérience d’être « vu » et que beaucoup de couples ont été contraints de passer pas mal de temps « vide de sens » en compagnie l’un de l’autre. Les exigences relatives au contenu émotionnel des relations familiales ont augmenté de manière phénoménale au cours des vingt dernières années et il nous faut évidemment du temps pour apprendre comment nous pouvons montrer notre intérêt l’un pour l’autre et notre engagement l’un envers l’autre d’une manière qui porte ses fruits et qui ne soit pas seulement l’expression de remords ou de solutions de secours.

C’est agréable d’obtenir de la reconnaissance, des louanges et de l’attention au travail ou à l’école, mais cela ne comble en rien notre besoin d’être « vu » par ceux que nous aimons. Parfois cela a l’effet inverse, parce qu’on nous porte justement de l’attention au travail et à l’école en fonction de nos performances, confirmant ainsi la qualité de celles-ci. Nous avons un besoin au moins tout aussi grand d’être « vu tel que nous sommes » et apprécié en tant qu’être humain dont on partage la vie, ce besoin étant comblé presque uniquement dans les relations empreintes d’amour que sont celles à nos enfants et à d’autres adultes.

 

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© Jesper Juul, Familylab International

Titre original danois : Børns behov for opmaerksomhed
Traduction : David Dutarte

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